Des élèves de CP dans la région d’Amhara, en Éthiopie, ouvrent leurs manuels scolaires pour une leçon sur les parties du corps humain. Des illustrations colorées montrent comment le nez permet de sentir des fleurs parfumées et comment les yeux permettent de voir au loin, ainsi que d’entrevoir leur avenir.
Les enfants supportent la charge la plus lourde de l’infection, mais plus leur visage est propre, moins ils risquent de contracter la maladie.
Dans le prolongement du manuel, leur enseignant leur pose la question suivante : « Quelle est la différence entre un visage propre et un visage sale ? Pourquoi l’hygiène personnelle est-elle si importante ? »
Connaître les réponses peut avoir un impact considérable sur la vie des enfants d’Amhara, la région qui affiche les taux de trachome les plus élevés au monde, la principale cause de cécité infectieuse évitable. Les enfants supportent la charge la plus lourde de l’infection, mais plus leur visage est propre, moins ils risquent de contracter la maladie qui se propage par le contact physique normal avec d’autres personnes ou par des mouches attirées par les yeux.

Les écoles sont en première ligne de l’effort visant à éliminer le trachome en tant que problème de santé publique. Depuis 2017, des éducateurs éthiopiens enseignent des leçons nouvelles et actualisées sur la maladie aux élèves de CP au CM1 grâce au programme scolaire de lutte contre le trachome. Ce programme a été élaboré par le Carter Center et le Bureau de l’éducation d’Amhara, et financé en partie par la Fondation du Lions Clubs International.
Jusqu’à récemment, ce programme était enseigné à l’aide de documents de référence et de supports pédagogiques distincts. Désormais, l’éducation sur le trachome fait partie intégrante des manuels scolaires, garantissant la pérennité de l’éducation préventive contre le trachome pour la population la plus exposée.
« Chaque fois qu’il y a une leçon en lien avec le trachome, comme le lavage ou l’utilisation des latrines, l’information est intégrée au texte », explique Eshetu Sata, responsable du programme trachome du Carter Center en Éthiopie. « Tout est inclus, de sorte que les enseignants n’ont pas besoin de rappels et n’ont pas à préparer des plans de cours séparés. »
Autrefois proposés sous forme de supports distincts, tels que des tableaux à feuilles mobiles, les enseignements sur le trachome sont désormais intégrés aux manuels scolaires d’Amhara.
À mesure que les élèves grandissent, les leçons deviennent plus complexes. En CM1, les élèves comprennent que le trachome n’affecte pas seulement une personne, mais aussi toute sa famille et sa collectivité. Ils apprennent les bases scientifiques de l’infection, ainsi que les possibilités de traitement qu’il est possible de trouver dans leurs villages.
« En CP, les élèves ne sont peut-être pas capables de comprendre pleinement l’information, mais en CM1, ils savent ce qu’est le trachome et comment le traiter », précise Sata. « Les enseignants constatent une différence. »

Le succès de ce programme a également conduit à un projet pilote destiné aux élèves de maternelle dans 60 écoles, avec des projets d’extension. Les élèves peuvent ensuite transmettre ce qu’ils ont appris à leur famille, contribuant ainsi à multiplier l’éducation à la prévention et à préserver la santé de tous. Associée à plus de 228 millions de traitements antibiotiques administrés en Amhara depuis 2001, l’emprise du trachome sur la région s’affaiblit.
Soixante écoles de la région testent actuellement l’enseignement du trachome en maternelle afin que même les plus jeunes élèves apprennent l’importance du lavage des mains et du visage pour éviter de contracter la maladie.
« Il y a des années, on avait l’impression que tout le monde avait le trachome en Amhara, en particulier les femmes et les enfants », déclare Kim Jensen, directrice associée du Programme de lutte contre le trachome du Carter Center. « Nous avons constaté des progrès considérables. Plus important encore, nous pouvons désormais espérer que, si ces futures générations d’enfants connaissent le trachome grâce aux leçons apprises à l’école, elles ne seront pas touchées par la maladie comme l’ont été leurs mères et leurs grands-mères. »
Depuis 1999, le soutien de la Fondation du Lions Clubs International a joué un rôle déterminant dans le succès du Programme de lutte contre le trachome du Carter Center en Amhara, qui est la première région d’Éthiopie à avoir mis en œuvre à grande échelle des activités de lutte contre le trachome, atteignant près de 22 millions de personnes.
Andre Gallant est le rédacteur en chef du Carter Center.